Les Trois Piliers du Dharma

 

L'établissement du Bouddhadharma dans un pays ne peut se faire qu'en réunissant les Trois Piliers du Dharma : Les enseignants, les pratiquants et les bienfaiteurs. Les enseignants assurent la continuité de la transmission, les pratiquants valident cette transmission et sa continuité par leurs expériences, les bienfaiteurs (tib. Djinda) permettent que la transmission et la pratique se fassent dans les meilleures conditions, tant matérielles que psychologiques. Le Dharma est entendu dans un pays si des enseignants sont invités à l'enseigner. Le Dharma est adopté dans un pays si des pratiquants en réfléchissent le sens et en éprouvent les bienfaits. Le Dharma s'implante solidement dans un pays quand on construit des lieux spécifiques et favorables à la pratique. Le rôle des bienfaiteurs est donc prépondérant dans l'implantation du Dharma dans notre culture. Il ne s'agit pas de réduire les individus dans des catégories et des rôles bien arrêtés. Nous sommes tous, à différents moments de notre vie et à notre manière, un peu de l'enseignant, un peu du pratiquant et un peu du bienfaiteur et tout dépend de notre propre effort.

La vertu de la générosité est génératrice de toutes les autres vertus. Elle est la première vertu enseignée par le Bouddha dans la pratique du Bodhisattva. Le don du Dharma par l'enseignant porte ses fruits s'il y a le don de la pratique du disciple. La pratique est un don de soi dans le chemin vers l'éveil pour le bien d'autrui. L'altruisme du pratiquant est directement stimulé par la reconnaissance que ses conditions de pratique dépendent étroitement des bienfaiteurs. Les yogis du passé ont fait de nombreuses prières dédiés aux bienfaiteurs insistant sur le fait de l'interdépendance du mérite du méditant et celui du bienfaiteur. Tout projet du Dharma en quelque pays que ce soit ne peut se concrétiser sans ces Trois Piliers. Ce n'est pas seulement le cas pour le Bouddhisme. C'est le cas pour toutes les traditions voire, plus généralement, le cas de toute activité qui induit des valeurs de vocation et de "profession de foi". Par exemple, le développement du Christianisme et des monastères en Europe n'aurait pu se faire sans mécénat. C'était le cas également à une certaine époque, de l'art et de la science. Les bienfaits de la générosité relève d'une réalité causale tant dans le domaine sociologique que psychologique et plus particulièrement karmique. Dans le domaine sociologique, la générosité peut, entre autres, réduire les inégalités sociales, combattre la faim et la misère, transmettre un patrimoine bénéfique aux générations futures. Dans le domaine psychologique, le soutien qu'apporte la générosité renforce l'enthousiasme, la confiance dans la solidarité, réduit le sentiment de solitude, nous sort de la léthargie, de l'impuissance et de l'orgueil où l'on pense que tout nous serait dû. La générosité a le don de nous faire réaliser qu'il est en notre pouvoir de mener à bien tout projet. Dans le domaine spirituel, en vertu de la causalité des intentions mentales et de leur répercussion sur les souffles subtils (causalité mentale qu'on appelle loi du karma) la générosité est une vertu essentielle et un facteur mental qui apaise les conditionnements latents du karma antérieur et qui entraîne une renaissance favorable pour finalement dissiper le voile des perturbations qui obstrue la connaissance innée de l'esprit.

En fait la générosité est généreuse...

 

Lama Shérab Namdreul